On ne sait jamais quoi prendre quand l’eau arrive.
On attrape un sac, un manteau, deux photos,
et on laisse derrière soi des années rangées dans des tiroirs.
On se dit que ce n’est que du matériel,
mais ça serre quand même la gorge.
Dans la rue, l’eau n’a plus de couleur.
Elle porte tout : le gasoil, la terre, les souvenirs des autres.
Les voitures flottent comme des jouets trop lourds,
et les volets claquent sous le vent qui ne comprend rien.
Les voisins parlent peu.
On se regarde, on hoche la tête,
on partage une rallonge électrique, une lampe, un thermos.
Dans ces moments‑là, la solidarité n’est pas un grand mot,
c’est juste quelqu’un qui frappe à la porte pour demander
si tu as besoin d’un coup de main.
Quand l’eau redescend,
on découvre ce qu’elle a pris,
et ce qu’elle a laissé.
On nettoie, on frotte, on jette,
on garde ce qui tient encore debout.
Et au milieu du chaos,
on se surprend à dire :
« On va y arriver. »
( M.D. 2026 )
